Home > Campagnes solidaires > n° 364 - septembre 2020
Partager sur :

CAMPAGNES SOLIDAIRES


Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles.

C'est un point de ralliement pour ceux qui veulent comprendre les réalités de la vie et des luttes paysannes dans le monde et ici en Europe.

C'est aussi un espace pour ceux qui veulent s'exprimer sur ces réalités et la manière d'agir sur elles.

Informer, c'est contribuer au débat sur les sujets de société tels que les OGM, la sécurité alimentaire et la mondialisation...

Campagnes Solidaires, notre, votre journal, tente chaque mois de restituer les résistances et les espoirs de ces luttes. Nous avons besoin de vous pour continuer ce combat.

Le numéro du mois

n° 364 - septembre 2020
Editorial
Sommaire Dossier Archives

Editorial

Mutation

Treize heures, la sensation de ne rien avoir fait alors que je n'ai pas arrêté depuis ce matin. Emmener à manger dans les pâtures et rouler de l'eau pour l'abreuvement, ce n'est en effet pas très productif. Une nouvelle fois, pour la énième année, la sécheresse frappe une bonne partie du pays. Les sources tarissent et les herbages sont réduits à des paillassons. C'est peut-être un cycle, plus sûrement le changement climatique.  Comme le dit de façon humoristique un collègue paysan : « Je ne fais plus d'agneaux d'herbe mais des agneaux de foin ! ». Voire de paille, malgré son prix cette année, tellement la récolte de foin est maigre alors que l'hivernage ne cesse de s'allonger. Mes brebis sont en bergerie depuis début août : drôle de vie pour des herbivores ! De plus, la succession de sécheresses modifie la flore des pâtures, faisant régresser les légumineuses et rendant les nouvelles implantations de plus en plus aléatoires.
Pour répondre à ces problèmes, on nous répond "exonération de taxes sur le foncier non bâti". Ça va chercher dans les 30 euros par hectare en moyenne, tourné vers le propriétaire et dont le fermier ne voit pas forcément la couleur. On nous répond également "pâturage des jachères" : alors que la Confédération paysanne alertait sur le risque de sécheresse dès fin avril, le gouvernement attend mi-août pour autoriser la valorisation d'un fourrage... qui n'a plus aucune valeur. Il nous est proposé aussi un échéancier pour les cotisations sociales : très bien pour celles et ceux qui n'en ont pas bénéficié l'année dernière, sinon c'est la double peine.
A plus long terme, on nous vend l'assurance climatique, accessible à celles et ceux qui en ont les moyens, à la charge des seuls paysans et paysannes à travers les cotisations et les subventions de la Pac (contrairement au projet de fond mutualiste porté par la Confédération paysanne), et dont le rendement de référence ne cesse de se dégrader à cause des successions d'accidents climatiques. Mais surtout, on nous survend le stockage de l'eau. Pas question d'avoir une position dogmatique sur un tel sujet, mais on a tous appris le cycle de l'eau à l'école et non, l'eau qui tombe en hiver et qui s'en va n'est pas perdue ! Et il ne semble pas très cohérent de vouloir stocker l'eau tout en faisant le maximum pour qu'elle file le plus vite possible en continuant d'arracher les haies, de drainer les zones humides, de retourner des prairie permanentes ou de réaliser de nouveaux remembrements sur certaines communes, agrandissant encore les parcelles et repoussant les bosquets dans les coins (1).
Je ne m'étendrai pas sur la méthanisation qui bien souvent vient en concurrence avec l'affouragement des troupeaux. De même, je me refuse à soutenir les propos de celles et ceux qui voit dans la pyramide des âges l'opportunité d'extensifier l'élevage au mépris du nombre de paysan·nes.
Ne rêvons pas : l'agriculture paysanne ne solutionnera pas à elle seule le dérèglement climatique mais elle peut a minima contribuer à atténuer l'impact des modes de productions agricoles. Le meilleur moyen pour y parvenir est d'impulser une mutation de l'agriculture. Cela suppose une Pac ambitieuse et vraiment novatrice, prenant en compte l'emploi, les petites fermes, le pastoralisme et encourageant réellement une évolution des pratiques avec un deuxième pilier fort (qui ne soit pas siphonné par l'assurance climatique par exemple).


Denis Perreau,
paysan en Côte-d'Or,
secrétaire national

 


(1) Réflexion entendue en session de la chambre d'agriculture de mon département : « En Côte d'Or, les zones humides on les protège pas, on les draine ! ».

NOUS CONTACTER Confédération Paysanne de Bourgogne-Franche-Comté
19 grande rue, 25800 VALDAHON, 03 81 26 05 97, bfc[at]confederationpaysanne[point]fr