Bourgogne-Franche-Comté

COMMUNIQUE DE PRESSE

Méthanisation : une fuite en avant vers le modèle agro-industriel

04.04.2018

Les 15 propositions retenues par le Gouvernement, à l'issue des réunions du groupe de travail « méthanisation »auxquelles la Confédération paysanne a participé, sont loin d'être « consensuelles ».

Ainsi, le passage de 60 tonnes à 100 tonnes par jour du seuil applicable à la déclaration des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) est inacceptable. Il l'est d'autant plus qu'il s'accompagne d'une réduction par deux des délais d'instruction de ces dossiers combinée à une limitation à « l'enregistrement » de tous les projets, ce qui permet la suppression de l'étude d'impact et de l'enquête publique. Nous nous opposons à ces mesures et demandons le maintien des déclarations ICPE en fonction du poids des intrants. En effet, ces dispositions visent un passage en force d'unités, pour partie industrielles, que le Gouvernement sait pourtant régulièrement contestées sur le terrain. Il s'agit d'installations qui causent des nuisances et qui présentent des risques pour l'environnement et pour les habitations à proximité.

Nous dénonçons aussi la généralisation de l'utilisation des boues de station d'épuration. L'épandage des digestats à partir de ces substrats est trop risqué et ce sont les paysan.ne.s qui en porteront les conséquences.
Le Gouvernement confirme enfin la création d'un fonds de 100 millions d'euros avec la Banque Publique d'Investissement pour faciliter l'accès au crédit. Ainsi, il favorise le surendettement des paysan.ne.s qui, légitimement, voient dans la méthanisation une possibilité de « revenus supplémentaires » dans un contexte de crise agricole majeure non prise en charge par les pouvoirs publics. Aujourd'hui, un peu plus de 500 méthaniseurs sont installés en France, dont 330 à la ferme. La Confédération paysanne ne s'oppose pas à la méthanisation mais défend une méthanisation paysanne adaptée à la ferme, en priorité pour sa consommation énergétique et cohérente avec la disponibilité en déchets dans le territoire proche.

Elle dénonce les projets incohérents qui figent les systèmes agricoles. Car une fois un méthaniseur installé, il devient beaucoup plus difficile de faire évoluer son modèle, du fait des investissements engagés et des besoins en apports et terres d'épandage en particulier.

Il ne faudrait pas, après les agrocarburants, créer un nouveau miroir aux alouettes, en négligeant la prise en compte des coûts économiques, au risque de voir ensuite autorisée une utilisation plus importante de cultures à vocation énergétique. De même, les risques environnementaux et la soi-disant réduction des émissions de gaz à effet de serre ne sont pas clairement évalués, comme ce fût le cas avec les agrocarburants.


Contacts :
Jérémy COLLEY - porte-parole de la Confédération paysanne du Doubs - Envoyer un mail - tél: 03 81 59 23 57